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28/09/2008

Premier ministre indien en France : un accord nucléaire irresponsable selon le Réseau Sortir du Nucléaire

En visite en France les 29 et 30 septembre, le Premier ministre indien Manmohan Singh pourrait signer à Paris des contrats commerciaux qui permettront à Areva de vendre à l'Inde plusieurs réacteurs nucléaires de type EPR. Contrairement aux apparences, il ne s'agit pas d'un "succès commercial", qui serait obtenu grâce aux mérites supposés du réacteur EPR : ce dernier est en réalité déjà dépassé et pose de graves problèmes sur les deux seuls chantiers en cours, en Finlande et à Flamanville (Manche).

En fait, si l'Inde achète des réacteurs à la France, ce sera pour la récompenser d'avoir fait allégeance aux USA et les avoir aidé à contourner, au profit de l'Inde, les règles internationales de non-prolifération, donnant hélas de parfaits prétextes à tout pays qui, comme l'Iran ou la Corée du Nord, entend se doter de l'arme atomique. Revenons sur les évènements cruciaux de ces dernières semaines.

Le 6 septembre 2008, le Groupe des fournisseurs nucléaires (ou Nuclear Suppliers Group, soit NSG), qui rassemble les 45 pays fournisseurs d'équipements nucléaires, a validé un ensemble de dérogations permettant l'entrée en vigueur d'un accord nucléaire, dit "Accord 123", signé en 2005 par l'Inde et les USA. Il s'agit d'un évènement d'une gravité extrême car l'Accord 123 prévoit la vente à l'Inde de technologies et de matières nucléaires alors que, comme tout pays non signataire du Traité de non-prolifération (TNP), l'Inde est théoriquement exclue de telles transactions.

L'accord en question prévoit de façon incroyable que l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) inspectera en Inde… seulement les installations nucléaires qui ne servent pas à l'élaboration d'armes atomiques. C'est exactement comme si des gendarmes s'engageaient, auprès de voleurs, à ne pas patrouiller pendant les heures prévues pour réaliser des cambriolages.

D'ailleurs, le 1er août, devançant le NSG, l'AIEA a elle-même accordé aux USA et à l'Inde les dérogations indispensables à l'entrée en vigueur de l'Accord 123. En agissant ainsi, l'AIEA a ouvertement bafoué ses propres missions. Si elle était conséquente, la Fondation Nobel retirerait de toute urgence le Prix Nobel de la Paix attribué en 2005 à l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA) et à son Directeur général Mohamed El Baradei "pour leurs efforts visant à empêcher que l'énergie nucléaire ne soit utilisée à des fins militaires".

La France a joué, aux côtés des USA, un rôle prépondérant pour que le NSG finisse par accepter l'inacceptable. Lors d'une première session du NSG les 21 et 22 août, l'Irlande, la Norvège, la Nouvelle-Zélande, les Pays-Bas, l'Autriche et la Suisse ont courageusement résisté. Mais les administrations Bush et Sarkozy ont reconvoqué tout monde début septembre… et arraché les ralliements un à un. Il n'est pas interdit de penser que des menaces de sanctions commerciales ou autres ont été brandies à l'encontre des 6 "gêneurs".

Dans un grand article publié par le quotidien suisse Le Temps, Bruno Pellaud, ancien directeur-général adjoint de l'AIEA explique que la réunion du NSG "s'est achevée dans une atmosphère glaciale, sans les applaudissements qui ponctuent habituellement les négociations réussies, avec à l'écart un ambassadeur exaspéré déclarant impassiblement à qui voulait l'entendre: «Ci-gît le TNP, qu'il repose en paix.»".


La France attend désormais, pour passer accord avec l'Inde, que les USA aient formellement adopté l'Accord 123. Cela a hélas été fait le 27 septembre par la Chambre des représentants, mais il reste encore l'étape du Sénat où de nombreux parlementaires américains essaient courageusement de s'opposer à l'entrée en vigueur de cet accord irresponsable. Les dirigeant français sont ramenés au rang de supplétifs de l'administration Bush, et en sont réduits à attendre leur tour pour obtenir récompense pour leur soumission. C'est à ce prix que Areva va pouvoir vendre des réacteurs nucléaires à l'Inde : il n'y a pas de quoi pavoiser.

En bafouant les règles de non prolifération, les USA, la France, l'AIEA et le NSG mettent en danger l'avenir de la planète. C'est d'autant plus choquant que c'est sous prétexte de lutte contre la prolifération nucléaire que MM Bush et Sarkozy dénoncent le programme nucléaire iranien. Comment justifier que soit accordé aux uns ce qui est refusé aux autres ?

Pour finir, il convient de rappeler que le nucléaire dit "civil" ne pose pas seulement le problème de la prolifération. Les incidents ou accidents récents dans diverses installations en France, en particulier au Tricastin, et dans plusieurs autres pays comme la Belgique, l'Espagne, l'Ukraine, la Slovénie, etc, montrent que le pire peut se produire à chaque instant. La situation est telle que, désormais, on ne sait plus trop si la prochaine catastrophe nucléaire sera un Tchernobyl ou un Hiroshima. Il est grand temps que les peuples prennent en main leur destin avant d'être anéantis par les actes cyniques et irresponsables des dirigeants industriels ou politiques.

Communiqué du Réseau Sortir du Nucléaire

Commentaires

Bonjour,

Je ne suis pas d'accord avec votre manière de voir les choses sur la motivation de l'inde de à se diriger vers AREVA, mais je respecte votre point de vue.

Par contre, quand vous écrivez que le système de centrale EPR est dépassée, là je suis étonné. Avez vous une information sur un nouveaux type de centrale? je suis demandeur d'information.

Le retard comptabilisé pour les deux centrales en cours de construction, c'est vrai, sont, il me semble dû plutôt à des problèmes de prudence que dû à des sde réalisations.

Vous l'aurez devinez je suis plutôt pro nucléaire, que plutôt centrale à charbon

Merci de me donner la possibilité de me donner mon point de vue

Fauché

Écrit par : Fauché | 28/09/2008

Je vous conseille de lire le cours de Physique-LMD Energie nucléaire Fission et fusion de Pierre Charles Maitre de Conférences à l'université Pierre et Marie Curie.
Vous y trouverez une comparaison des différents réacteurs nucléaires existants et vous verrez que l'EPR est actuellement le plus performant au monde, en particulier avec un rendement nucléaire supérieur de 30 %, ce qui réduit d'autant le volume des déchets nucléaires.

Écrit par : Caude Guignard | 29/09/2008

L’EPR, dit réacteur « Révolutionnaire » ou de « Génération III + » est présenté par ses promoteurs comme compétitif, optimisé et sûr. Derrière ce discours de publicitaire, la réalité est beaucoup plus trouble.

Loin d’être une nouveauté, l’EPR est un projet qui date déjà de plus de 10 ans et n’amène aucune avancée technique significative par rapport aux derniers réacteurs construits en France.

Côté sûreté, les quelques progrès avancés font pâle figure et ne répondent pas aux risques liés aux erreurs ou agressions extérieures (type chute d’avion).

L’autorité de sûreté a même déclaré que si l’EPR n’était pas construit prochainement, il faudrait revoir les objectifs de sûreté fixés il y a déjà dix ans !

Contrairement à ce qui est annoncé, aucune amélioration significative n’est apportée au cycle du combustible. Le recours au combustible MOX est même renforcé, or l’utilisation du MOX engendre un nombre de risques supplémentaires lié au retraitement, aux transports, à la sûreté…

De même en terme de prolifération, aucune amélioration n’est apportée, le réacteur produisant toujours du plutonium L’EPR n’est donc qu’un réacteur comme les autres : dangereux, potentiellement proliférant, et producteurs de déchets ingérables.

Écrit par : GP | 29/09/2008

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