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12/02/2009

Vente de de 2 à 6 réacteurs EPR à l'Inde : un coup de bluff selon Sortir du Nucléaire

- Un simple "protocole d'accord" signé par Areva à New Dehli
- Beaucoup d'effets d'annonce mais en fait un seul EPR exporté
- Des coups de bluff pour "justifier" la vente d'EPR… à la France

Le Réseau "Sortir du nucléaire" conteste les effets d'annonce sur de supposées ventes de réacteurs nucléaires à des pays étrangers, comme la supposée vente mercredi 4 février de deux à six EPR à l'Inde. En réalité, il ne s'agit que de la signature d'un protocole d'accord qui n'engage à rien. Le nucléaire exige d'énormes investissements financiers pour une production d'électricité huit à dix ans plus tard et un retour sur investissement 30 ans après. De tels investissements, déjà difficiles à programmer avant la crise financière mondiale, sont encore plus improbables aujourd'hui.


Quelle est la situation actuelle des réacteurs EPR ?

- Un seul EPR a été exporté, en Finlande, laquelle s'en mord les doigts - lancé en février 2005, le chantier compte 38 mois de retard à ce jour - et demande 2,4 milliards d'euros de pénalité qui seront payés… par les Français. Vendu 3 milliards d'euros, ce réacteur coûte donc en réalité 5,4 milliards… en attendant de nouveaux surcoûts.

- Un EPR a été vendu… à la France. Situé à Flamanville (Manche), le chantier de ce réacteur, lancé en décembre 2007, compte déjà près d'un an de retard et son prix est passé de 3,3 milliards à 4 milliards, mais tout pousse à penser qu'il coûtera lui aussi 5 ou 6 milliards… ou plus.

- Deux EPR supposés vendu à la Chine restent à ce jour à l'état de projet. Seuls des travaux de terrassement ont eu lieu fin 2008 sur le site de Taishan. Mais, alors que la crise économique mondiale frappe la Chine comme les autres pays, il est fort possible que ces réacteurs ne voient jamais le jour.


Tous les autres EPR annoncés restent à ce jour parfaitement virtuels :

- Grande-Bretagne : EDF a dépensé une fortune (15 milliards) pour racheter British Energy … juste avant la crise mondiale. Il reste "seulement" à trouver l'argent pour construire des EPR...

- USA : idem, EDF a payé le prix fort (5 milliards) pour racheter 50% des activités nucléaires de l'américain Constellation, tombé dès le début de la crise dans l'escarcelle du milliardaire Buffet, lequel l'a revendu au prix fort à EDF. Là aussi, il reste "jseulement" à EDF à financer des EPR…

- Afrique du Sud : le Figaro titrait le 15 septembre 2008 "Contrat géant en vue pour Areva". Au menu, deux EPR puis 10 autres ensuite. Or, le 5 décembre, l'Afrique du Sud… a annulé tout ses projets nucléaires.

- Reste du monde : Libye, Maroc, Tunisie, Algérie, Egypte, Jordanie, Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Niger, etc : de nombreux voyages de M Sarkozy, mais aucun EPR en vue malgré les effets d'annonce...


Pourquoi tant d'effets d'annonce alors que la vérité finira bien par apparaître ?

En laissant croire que de nombreux réacteurs EPR sont vendus à l'étranger, les dirigeants politiques et industriels français donnent le sentiment que l'industrie nucléaire française est efficace et que la construction d'EPR en France est justifiée. C'est ainsi que la France vend des EPR… à la France. Flamanville (Manche), Penly (Seine-Maritime), et peut-être un troisième annoncé sous peu par l'Elysée. C'est une course de vitesse qui consiste à construire des réacteurs en France avant que l'opinion publique ne s'aperçoive que la plupart des autres pays se sont détournés de l'atome...


Quel est l'intérêt de l'Inde à participer à ce coup de bluff ?

N'ayant pas signé le Traité de non-prolifération, l'Inde est théoriquement exclue de toute transaction nucléaire. Dans ses dernières semaines, l'administration Bush a opéré diverses manoeuvres et pressions pour que l'Inde obtienne des dérogations de la part de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et du GFN (Groupe des fournisseurs nucléaires), au détriment de la lutte contre la prolifération nucléaire. Mais ce nouveau statut est précaire et pourrait être remis en cause par l'administration Obama. En signant un protocole d'accord avec Areva, l'Inde renforce sa position et tente de rendre irréversibles les dérogations dont elle bénéficie. Mais cela ne signifie pas que l'Inde achètera vraiment des EPR à la France...


La construction d'un EPR est à la fois absurde et illégitime selon le Réseau Sortir du Nucléaire


L'annonce d'un nouvel EPR à Penly (Seine-Maritime) bafoue les engagements officiels pris lors du Débat public (Novembre 2005 - Février 2006) sur le premier EPR français, actuellement en construction à Flamanville (Manche). En effet, il était explicitement écrit par EDF que le premier EPR devait permettre "d’acquérir une solide expérience de construction et d’exploitation de ces réacteurs de nouvelle génération et d’être prêt le moment venu pour le renouvellement des centrales" (*). En clair, il s'agissait de faire fonctionner ce réacteur avant de décider d'en faire ou non d'autres.

Or, la construction du premier EPR n'en est qu'au début : qui peut donc prétendre avoir à ce jour une "solide expérience de construction et d’exploitation" de l'EPR ? De même, la construction d'un nouvel EPR empêcherait la France de respecter son engagement européen de 20% d'énergies renouvelables dans la consommation finale d'énergie en 2020. Qui plus est, la vague de froid de cet hiver a démontré que la France manquait de moyens de production "de pointe" : elle ne doit donc surtout pas ajouter de nucléaire (qui produit "en base").

Par ailleurs, le Réseau "Sortir du nucléaire" conteste les affirmations de M Gadonneix (PDG d'EDF) qui prétend que la construction de ce réacteur serait "une bonne nouvelle pour l'emploi". La réalité est en fait exactement inverse : des études montrent que, pour un investissement égal, les économies d'énergie et les énergies renouvelables créent jusqu'à 15 fois plus d'emplois que le nucléaire (**).

Ainsi ,après avoir longtemps soutenu le nucléaire, le puissant syndicat allemand IG Metall vient de fustiger une "technologie vieillissante et arriérée" par la voix d'un de ses dirigeants, Hartmut Meine, qui a pris la parole dans le cadre d'une manifestation contre les transports de déchets radioactifs le 9 novembre dernier. Cette conversion s'explique sans peine : en quelques années, les énergies renouvelables ont créé 250 000 emplois en Allemagne, chiffre en augmentation continuelle. A titre de comparaison, après 50 ans d'investissements massifs, le nucléaire emploie moins de 100 000 personnes en France.

Le projet de construire de nouveaux EPR n'est donc pas seulement irresponsable sur le plan environnemental, il est aussi absurde sur le plan économique. Plus que jamais, la "France nucléaire" fait fausse route : il y a quelques jours à peine le 26 janvier, l'Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) a été officiellement créée par cinquante pays, notamment l'Allemagne, l'Espagne et le Danemark, qui se sont engagés de longue date en faveur des énergies vertes. La France, elle, a tout tenté d'empêcher la naissance de cette organisation et n'y participe que du bout des pieds.

Il faut dire que la construction d'un nouvel EPR empêchera la France de respecter son engagement européen de 23% d'énergies renouvelables dans la consommation finale d'énergie en 2020. Qui plus est, la vague de froid de cet hiver a démontré que la France manquait de moyens de production "de pointe" : elle ne doit donc surtout pas ajouter de nucléaire (qui produit "en base").

Face à ce nouveau coup de force, le Réseau "Sortir du nucléaire" attaquera en justice les autorisations de construction du nouvel EPR annoncé à Penly (Seine-Maritime). De même, le Réseau attend le verdict du Conseil d'Etat concernant sa procédure contre la construction de l'EPR de Flamanville. A ce sujet, les incroyables déboires industriels et financiers rencontrés par Areva et EDF sur leurs chantiers EPR respectifs entraînent de très lourds surcoûts (déjà au moins 2,5 milliards en Finlande et près d'un million à Flamanville) qui vont être couverts par les Français. Il apparaît donc indispensable de stopper, définitivement, le chantier de l'EPR de Flamanville.

Le nucléaire est une industrie du siècle passé, dangereuse et archaïque, chère et polluante. L'avenir est aux économies d'énergie et au développement des énergies propres et renouvelables.


(*) http://www.debatpublic-epr.org/docs/pdf/dossier_mo/synthese_dossier_mo.pdf
(**) Cf Etude "Un courant alternatif pour le Grand-Ouest", avril 2006

Source : Réseau Sortir du Nucléaire

Commentaires

Areva n’est pas prêt à baisser les armes. La déconvenue de dimanche dernier avec la perte du contrat du «siècle» à Abu Dhabi n’empêche pas le groupe de lancer un nouveau projet nucléaire. Areva annonce en effet la signature avec Fresno Nuclear Energy (FNEG) d’une lettre d’intention. Objectif ? Construire «un ou deux » réacteurs EPR de troisième génération, dans la Central Valley, en Californie (Etats-Unis).

Écrit par : Princesse | 29/12/2009

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