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25/06/2009

Mémorandum de la France pour le climat : des reculs, des faux-semblants, pas de financements

logo-copenhague-climat.pngDans la perspective du Sommet pour le climat de décembre 2009, la France a proposé son « Mémorandum », à savoir, sa vision d'un accord de Copenhague ambitieux et équilibré. Pour le RAC-France et ses associations membres, la proposition française ne répond pas à la question clef qui bloque l'avancée de la négociation internationale, le soutien aux pays en développement. Par ailleurs, en s'abritant derrière l'injonction faite aux Etats-Unis et au Canada de renforcer leurs objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre, la France opère un recul net sur la question forestière, aux dépens de l'accord négocié à l'échelon européen.


* Forêts : la France remet en cause l'unité européenne
Le texte français contredit clairement la position exprimée par l'Union européenne sur la scène internationale et les conclusions du Conseil Environnement de décembre 2008 négociées par Jean-Louis Borloo à la fin de la présidence française du Conseil européen. Le mémorandum fait référence à « une approche de marché pour financer la réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation, dès 2013 », et évoque un « système visant à maintenir et augmenter les stocks de carbone terrestre sur le long terme », plutôt qu'un système visant  « à réduire de moitié au moins la déforestation tropicale d'ici à 2020 ».
Se faisant, la France propose de revenir sur le compromis européen qui exclut l'utilisation de crédits REDD dans les marchés carbone avant 2020 au plus tôt, compte tenu des incertitudes méthodologiques et des risques associés à cette approche. La France interdit également toute discussion sur la valeur écologique et sociale des forêts tropicales, autre que la séquestration de carbone, et ouvre la voie à des incitations perverses pour le secteur forestier susceptibles d'aggraver la crise de biodiversité. « Avec de telles propositions, la France de Chantal Jouanno et de Jean-Louis Borloo affaiblit la position européenne à 6 mois du sommet de Copenhague », commente Jérôme Frignet. « Nous demandons au gouvernement français de soutenir la création dans le cadre de la Convention des Nations-Unies sur le Climat, d'un fond international pour la protection des forêts tropicales, alimenté par un mécanisme de financement permanent garantissant la mise à disposition d'au moins 30 milliards d'euro par an d'ici à 2013 ».

* Soutien aux pays en développement : la France ne propose rien de nouveau
La question du soutien financier aux pays en développement forme le nœud de la négociation. Depuis le mois de décembre, l'Union européenne, sensée faire une proposition pour répondre aux attentes légitimes des pays les plus vulnérables face à la crise climatique, repousse sans cesse l'échéance. La proposition française reste sur la même ligne : déséquilibrée et sans proposition concrète.
- Si le mémorandum mentionne une nécessaire limitation de la croissance des émissions des pays en développement de 15% à 30% d'ici à 2020, il demeure encore une fois très vague sur le soutien financier qui sera apporté aux pays en développement pour mettre en œuvre de telles actions.
- Aucun mécanisme de financement n'est proposé pour lever les fonds nécessaires au soutien des pays en développement. Les pays sont libres de mettre en place les moyens de générer ces financements. « De quoi rassurer les pays en développement... las des promesses financières non tenues des pays riches. A titre d'exemple, la France n'a versé qu'un peu plus d'un quart de la somme promise pour la mise en œuvre des plans d'adaptation des pays les plus vulnérables, soit environ 3 millions d'euros sur les 11 promis. Comment exiger de nouvelles actions des pays les plus pauvres sans avoir soutenu leurs premiers pas ? », commente Morgane Créach du RAC.
- Rien de plus en ce qui concerne les transferts de technologies, priorité des pays émergents. « Le mémorandum ne propose que des accords technologiques volontaires, alors que les transferts sont un élément clef pour éviter que les pays émergents se développent sur le modèle des pays industrialisés, un modèle énergivore, dépassé et intenable à l'échelle de la planète et au vu de l'ultimatum climatique ! », conclut Karine Gavand, chargée de campagne Climat.

Source : Greenpeace Poitiers

Commentaires

Un exemple très concret pour illustrer cela :

Un projet de centrale électrique au gaz est actuellement en discussion pour une implantation à Hambach en Moselle (à la limite de l’Alsace bossue et du parc naturel des Vosges du Nord – réserve mondiale de la biosphère) par Direct Energie. Ce projet, s'il devait voir le jour, aurait des conséquences sur l’environnement et la santé des habitants de la région. En effet, une telle centrale (composée de 2 cheminées de 56m de haut et de 7m de diamètres et de 2 cheminées auxiliaires de 1m de diamètre) rejette notamment (d’après le dossier technique fourni par Direct Energie) :
# 2.800.000 m3/heure de fumées à 98° (2700 tonnes/heure)
# 1.920 tonnes/an de NO2
# 3.264 tonnes de CO
# 384 tonnes/an de SO2
# 2.604.640 tonnes/an de CO2
# Des COV (Composés organiques volatils) et des HAP (Hydrocarbures aromatiques polycycliques) reconnus comme hautement toxiques et cancérigènes.
Outre ces rejets dans l’air, la centrale va prélever 1100 m3/heure d'eau dans la Sarre, en rejetant une partie chargée de phosphore, sulfate, nitrate, nitrites, etc ...

Certes, dans le contexte actuel de crise, il serait bien venu de dynamiser l’économie de la région, sévèrement touchée par des restructurations. Se dire que cette centrale va créer de l'emploi et que les habitants pourraient bien faire un effort et fermer un œil sur les impacts environnementaux. Des élus parlent bien d’une 100aine d’emplois. Mais en « grattant » un peu on découvre une quarantaine d’emplois directs, sans doutes à mi-temps puisque le budget prévisionnel ne permet de rémunérer que 22 personnes au SMIC ...

Ce qui est également très étonnant, c’est la relation qu’entretien Direct Energie, qui se dit « alternatif » (alternatif au fournisseur EDF bien entendu, et non à l’utilisation de ressources fossiles), avec ses parties prenantes. Informations très elliptiques fournies en amont aux décideurs locaux, manque de transparence, absence de concertation avec les riverais, jeu sur les mots (installation classée ICPE qui « s’inscrit dans le Grenelle de l’environnement ») ...

Il faut en effet savoir que la durée de l’enquête publique est très courte (fin le 10 juillet) et qu’il n’y aurait eu aucune publicité de faite à ce sujet si le maire d’une commune limitrophe n’avait informé les habitants. Ceux-ci se sont très fortement mobilisés et, après une série de réunions publiques, une manifestation a rassemblé entre 800 et 1000 personnes jeudi dernier à Sarreguemines, ce qui est, je crois, du jamais vu dans cette ville !

Est-ce suffisant pour obtenir un report de la date de clôture de l’enquête publique afin de pouvoir diligenter une expertise indépendante, permettant de prendre une décision en toute connaissance de cause ? Il ne s’agit en effet pas d’être contre ce projet par principe.

Plus d’informations, ainsi qu’une pétition, sur le blog créé par les habitants : http://www.iblogyou.fr/centraleelectriquehambach

Écrit par : hjaming | 27/06/2009

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