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18/01/2010

La « bombe photovoltaïque », un alibi bancal pour une politique boiteuse

Décidément, il semblerait que le gouvernement, et derrière lui les grands industriels,  se refuse à donner une vraie chance à l’essor du photovoltaïque, et ce malgré ses qualités d’accessibilité au plus grand nombre.


Le gouvernement commence l'année très fort ! Tout d'abord il invoque à grand renfort de communication la lutte contre une « bulle spéculative » qu'il a très largement contribué à créer en attendant plus d'un an entre l'annonce de la modification des tarifs d'achat (en novembre 2008) et le passage à l'acte (en janvier 2010). Puis, il manipule au passage le poids actuel du remboursement par la CSPE des tarifs d'achat des énergies renouvelables, qui ont diminué de plus de moitié en 2009 par rapport en 2007 du fait de l'augmentation du prix de marché de l'électricité1. À travers ses pratiques, il dissimule une véritable entourloupe.


Tout avait bien commencé, avec l'annonce de la création d'un tarif intermédiaire dit « d'intégration simplifiée », qui aurait dû permettre d'attaquer le marché des bâtiments existants de logements et de bureaux dont les immenses surfaces disponibles en toiture auraient pu ainsi être valorisées pour produire de l'électricité solaire, et ceci à moindre coût grâce à des solutions techniques simples ne nécessitant pas de toucher à l'étanchéité et utilisant des modules standard (pose sur châssis).


II est possible d'affirmer sans l'ombre d'un doute que l'annonce d'une telle stratégie, dans un contexte où l'industrie photovoltaïque mondiale est en pleine expansion, aurait entraîné des investissements dans la construction d'usines de fabrication sur le territoire français, jugé comme un marché porteur.


Outre les emplois et la valeur ajoutée dans l'industrie, cette stratégie aurait également permis de créer de nombreux emplois dans les PME pour la conception, la pose et l'entretien des équipements, et elle aurait apporté à des acteurs sociaux majeurs comme les Offices d'HLM des revenus supplémentaires par la valorisation de leur patrimoine.


Les nouveaux tarifs d'achat publiés au Journal Officiel le 14 janvier 2010 comportent bien un tarif de 42 c€/kWh d'« intégration simplifiée au bâti », mais à condition que « le système photovoltaïque remplace des éléments du bâtiment qui assurent le clos et couvert, et assure la fonction d'étanchéité », ce qui rend ce tarif difficile d'accès pour l'existant et ferme ainsi la porte du plus gros du marché en le limitant à ce qui n'est qu'une niche.


Ce faisant, le gouvernement, qui se targue par ailleurs de vouloir préserver le pouvoir d'achat des Français, privilégie curieusement les solutions techniques les plus coûteuses qui auront l'impact le plus important sur le montant de la CSPE acquitté pendant 20 ans par les consommateurs d'électricité.


De plus, ces nouveaux tarifs marquent la fin des projets architecturaux innovants sur les bâtiments neufs, ceux-ci n'étant pas éligibles à la prime d'intégration au bâti. On pourra au moins se réjouir de la fin des hangars jusqu'à présent jamais utilisés mais construits uniquement pour bénéficier de la prime d'intégration.


Le photovoltaïque est une technologie qui peut être mise en oeuvre par de très nombreux acteurs au coeur des territoires urbains comme ruraux et contribuer ainsi très largement à l'autonomie énergétique de ces derniers. Quelques semaines après l'échec cuisant de Copenhague, le gouvernement français vient d'ajouter des entraves à une perspective de développement énergétique durable qui constitue pourtant une véritable réponse aux défis énergétiques et climatiques.

Source : Hespul - CLER – Comité de Liaison Energies Renouvelables

Commentaires

Enfin une analyse censée !

La loi ne précise que très partiellement la notion d’intégration, tout en omettant de parler de certains produits en vogue tels que les ombrières de parking qui représente un potentiel important.
La décision de faire varier les tarifs de rachat en fonction de l’ensoleillement est une sage décision. Cela permettra de mieux répartir les puissances sur le territoire français.

Le gouvernement souhaite privilégier, outre les logements privés, les domaines de l’éducation et de la santé (0.58 €). La question est de savoir comment les collectivités et l’Etat vont pouvoir financer de tels projets. Dans le cas d’un tiers investisseur, les surfaces étant limitées sur ce type de bâtiments, les loyers proposés seront modiques.

L’adoption de 2 tarifs bonifiés (0.58 € et 0.50 €) signifie que l’on va pénaliser les secteurs industriels ainsi que les agriculteurs (0.45 €). Or, les plus forts potentiels de développement, en termes de surfaces exploitables en toiture, sont dans ces secteurs.

La réduction de l’écart entre le tarif avec intégration simplifiée (0.42 €) et le tarif au sol (0.31 à 0.37 €) incitera les porteurs de projets à se diriger sur des centrales au sol, ce qui va à l’encontre des objectifs de préservation du foncier agricole et privera les jeunes agriculteurs de leur principal outil de production : la terre.
Les agriculteurs, pour qui les projets solaires étaient un moyen de financement de leurs bâtiments d’exploitation ou un complément de revenu, vont pâtir de cette nouvelle réglementation.

Il faut distinguer les effets de cet arrêté sur les investisseurs et les constructeurs de centrales solaires :
- Investisseurs : pas dramatique pour l’avenir car retour à une rentabilité équivalente à 2008. Mais cela pose un problème sur les bâtiments nécessitant une rénovation (désamiantage, problèmes d’étanchéité, réfection de bitume…), c'est-à-dire un surcout qui plombe la rentabilité.
- Constructeurs vont trinquer et certainement licencier car de nombreux projets en cours vont être annulés.

Atteindre les objectifs avec 10 ans d’avance était plutôt bon signe. Je comprends qu’il faille faire le tri entre des projets durables et des projets spéculatifs, mais les choses sont plus graves pour ceux qui ont commencé leurs projets, qui ont financé la prospection commerciale auprès des propriétaires, des cabinets d’architectes, des bureaux d’études, de structure, des conseils juridiques, des frais administratifs… Et ce depuis plusieurs mois. SUN SYNERGIES ne fait pas partie de ces demandeurs hasardeux et spéculateurs qui n’ont fait que cocher des cases en vue d’un projet plus qu’hypothétique ou en vue de revendre ces autorisations. D’ailleurs, beaucoup de ces dossiers ne seraient jamais arrivés au bout.
Au dépôt de la PTF, un professionnel a déjà effectué 40% du travail. L’erreur est donc de se baser sur un critère (date PTF) qui n’est pas révélateur de l’état d’avancement d’un projet et qui ne permet pas de distinguer les professionnels des charlatans.

Je milite pour repousser la nouvelle tarification pour tous les projets sérieux, avancés et de grande ampleur. En effet, SUN SYNERGIES est investisseur sur ses propres projets de production d’électricité photovoltaïque et nous n’avons pas déposé plus de dossiers que d’habitude en décembre 2009.
Ne faisons pas croire au consommateur français qu’on peut développer les énergies renouvelables sans modifier quoi que ce soit au prix de revient de l’électricité. Produire de l’électricité propre a un cout.

Écrit par : Carl de Bouchony | 19/01/2010

Je suis un jeune entrepreneur de 26ans. J'ai créé mon entreprise afin de fournir des hangars photovoltaïques aux agriculteurs. Ceci fait maintenant 10 mois que le produit a été développé pour satisfaire nos partenaires fermiers, voulant mettre en avant une approche propre pour une énergie propre. Il ne faut pas perdre de vue que ce sont ces grands industriels, protégés par l'arrêté, qui ont créé cette soit-disant bulle spéculative. Et comme dorénavant ce seront les champs photovoltaïques au sol qui seront rentables, les majors du photovoltaïque vont vouloir acquérir des terres nourricières pour poser des panneaux dessus. D'autant que seul les acteurs les plus puissants du marché, ayant atteint une masse critique financière, pourront supporter les coups et délais de tels projets. C'est une aberration ! Une telle atteinte à l'atomicité et au libre accès du marché. EDF veut assoir son monopole de producteur d'électricité, l'état collabore, j'étais UMP mais devant autant de parti pris - me voilà dépité...

Écrit par : Fournier A. | 19/01/2010

Effectivement à la lecture du decret, on comprend que l’on ne peut pas mettre de panneaux solaires sur un bâtiment neuf. Ce que je ne comprend pas, le gouvernement encourage les énergies renouvelables, mais sur un bâtiment neuf, non. Il faudrait y mettre des ardoises au autre pendent 2 ans et après mettre les panneaux solaires, elle est où l’écologie et la maitrise de l’énergie la dedans ?
après copenhague ou on reporte les espoirs à Mexico.
La taxe carbonne male faite, on la reporte.
Le flou de ce nouveau décret qui reporte ou annule des projets.
pendant ce temps la banquise elle, elle fond.
Le niveau des océans montent et appui sur les plaques tectoniques de notre planete et on s'étonne des tremblements de terre !!! il faudra s'y habituer ce n'est que le début !!!

Écrit par : un ami qui vous veut du bien | 19/01/2010

Votre analyse est juste et censée. Je suis d'accord avec Carl pour dire que l'écart moindre entre intégration sur toiture et production d'une installation photovoltaïque au sol est une aberration pour la préservation du patrimoine foncier agricole dans sa forme classique.

Écrit par : photovoltaique | 19/02/2010

Les commentaires sont fermés.

 
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