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04/04/2010

L'Observatoire du nucléaire conteste la réalité de la "4ème génération" de réacteurs nucléaires

L'Observatoire du nucléaire conteste la réalité de la prétendue "4ème génération" de réacteurs nucléaires : il ne s'agit que de la nouvelle appellation de la filière des surgénérateurs, que l'industrie nucléaire échoue depuis 50 ans à mettre en oeuvre, comme l'a montré en France l'échec cinglant de Superphénix.


Le nucléaire mondial est menacé de tomber définitivement en "panne sèche" : pour fonctionner, les réacteurs ont besoin de combustible, c'est-à-dire principalement d'uranium. Au rythme actuel de consommation, avec environ 430 réacteurs nucléaires sur Terre, les réserves de ce minerai sont estimées à environ 100 ans, c'est à dire fort peu. Et si de nombreux réacteurs atomiques sont construits sur la planète, comme on nous l'annonce ici ou là, l'uranium viendra à manquer encore plus tôt, dans 50 ans, ou 30 ou même 20. Il faut imaginer des centaines de réacteurs neufs et… définitivement arrêtés.

Le problème avec les réacteurs actuels - outres les risques et la production de déchets radioactifs - vient de ce que seulement 0,7% du minerai est effectivement utile : c'est l'uranium 235, qui est fissile (c'est-à-dire qu'il permet une réaction nucléaire) contrairement à l'uranium 238, non fissile, qui représente donc 99,3% - inutiles - du minerai.
Aussi, l'industrie atomique mondiale tente de mettre au point des réacteurs dits "de 4ème génération", supposés utiliser une part de l'uranium 238 : cela règlerait pour des millénaires le problème du combustible nucléaire. Ces réacteurs seraient aussi capables de "transmuter" les déchets radioactifs, c'est à dire de transformer des déchets très radioactifs et à vie longue en déchets beaucoup moins radioactifs et à vie courte. De véritables miracles... qui n'ont en réalité aucune chance de se concrétiser.
En effet, cette "4ème génération" de réacteurs… n'existe pas. Ou plutôt elle existe depuis longtemps déjà, et elle n'a réalisé aucun des miracles attendus. C'est ainsi le cas du réacteur français Superphénix. Fermé en 1997, toujours en cours de démantèlement à Creys-Maville (Isère), ce surgénérateur qui devait faire "disparaitre" les déchets radioactifs a seulement réussi à désintégrer… 10 milliards d'euros.
Aujourd'hui, le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) prétend construire un réacteur "de 4ème génération" or, selon le CEA lui-même, il s'agira réacteur à neutron rapide et caloporteur sodium, c'est à dire exactement la même chose que Superphénix. Ce dernier, comme son nom l'indique, semble devoir renaître une nouvelle fois de ses cendres mais rien ne permet de croire que l'échec ne sera pas une nouvelle fois au rendez-vous.

Le CEA reconnaît lui-même la mystification : "L’enjeu de préserver les ressources naturelles en combustible et d’optimiser leur utilisation sur le long terme s’est également traduit, dès les débuts, par le développement des réacteurs surgénérateurs à neutrons rapides, refroidis au sodium, notamment aux Etats-Unis (réacteur Enrico Fermi en 1963), en Russie (BOR 60 en 1968, BN 350 en 1972 et BN 600 en 1980), en France (Rapsodie en 1967)" [*]. Ces réacteurs, fort anciens, sont d'ailleurs classés par le CEA dans… la première génération. Et voilà qu'ils sont ressortis du formol sous l'appellation marketting de "réacteurs de 4ème génération".

Pour faire bonne mesure, ces mêmes réacteurs sont aussi classés... dans la deuxième génération (!) : "En parallèle à cet effort [ie : le développement de la supposée "deuxième génération"], la préservation des ressources naturelles a motivé la poursuite du développement des réacteurs surgénérateurs à neutrons rapides refroidis au sodium, notamment en Russie (BN 350 en 1972 et BN 600 en 1980), en France (Phénix en 1973, Superphénix en 1985) et au Japon (Joyo en 1978 et Monju en 1994)."

Si principaux pays nucléarisés se rassemblent aujourd'hui dans le "forum génération 4", c'est parce que depuis 50 ans aucun de ces réacteurs n'a réalisé les miracles attendus. Alors pourquoi y arriveraient-ils prochainement ? Cependant, envisageons quand même que ce soit le cas. Serait-ce pour autant le rêve ? Loin de là : voici ce qu'en dit Robert Dautray, peu soupçonnable d'être antinucléaire puisqu'il fut carrément Haut-Commisaire à l'énergie atomique (1993-1998). Dans son rapport sur la transmutation remis à l'académie des sciences, Robert Dautray écrit :

"C'est donc un système nucléaire vaste et complexe qui est à créer (…) Ce système radioactif ne pourrait être créé, pour éviter de trop nombreux transports de substances radioactives, que dans un immense parc nucléaire adossé à l'usine séparant tous ces corps réputés potentiellement plus dommageables que les autres, et que l'on devrait séparer chimiquement.
Donc, cet immense parc nucléaire devrait être adjacent à l'usine de retraitement sur laquelle on ajouterait les nouvelles unités de séparation chimiques. Il faudrait y placer toutes les fabrications de cibles à irradier, les réacteurs brûleurs et le traitement des cibles irradiées, et cela avec de nombreux recyclages. Il faudrait exiger des pertes et des impuretés minimales, au prix d'une complication technique extrême et d'un effort supplémentaire.
N'oublions pas les usines-pilotes, puis les usines-prototypes, les réacteurs-démonstrateurs avant que les réacteurs-brûleurs ne soient construits en grande taille et en grande quantité. Tout cela nous parait d'une complexité jamais égalée, mettant en jeu toutes sortes de rayonnements.
Ce parc nucléaire contiendrait tant de corps radioactifs aux multiples risques potentiels qu'il faudrait le protéger, le garder comme une citadelle militaire, y compris du dessus. Et que dire des servitudes des travailleurs qui devraient y entrer et en sortir chaque jour, et des transports de corps radioactifs inévitables qui pénétreraient et sortiraient ?
"

Il apparaît donc que cette "4ème génération", à supposer qu'elle soit un jour mise au point, serait loin de régler les problèmes de l'humanité et la plongerait au contraire au cœur d'un véritable cauchemar. Ce système global serait basé sur l'utilisation massive du plutonium, avec d'incommensurables dangers en terme de rejets dans l'environnement, de démultiplication des transports, de risques d'attentats, ainsi que de prolifération à des fins militaires.


Source : Observatoire du nucléaire

Commentaires

« l’échec cinglant de SuperPhénix »

dans le Journal Officiel du 16 septembre 1999 (p. 3057, rubrique Sénat – réponses des ministres aux questions écrites), dans sa réponse au sénateur Alain Peyrefitte, le Premier ministre Lionel Jospin (qui a ordonné la destruction de SuperPhénix) commence par déclarer :

« Conformément à ses engagements politiques, et en particulier à ceux pris par le Premier ministre lors de la campagne législative, le Gouvernement a en effet décidé le 2 février 1998 l’abandon de Superphénix […]) »

et, plus loin :

« Pour autant, Superphénix représente une technologie très riche, développée par des personnels particulièrement motivés et performants, qui ont montré que la France savait mettre au point des équipements technologiques innovants de très haut niveau. Il faudra tirer profit de l’expérience accumulée et poursuivre les recherches dans le domaine des réacteurs à neutrons rapides pour l’avenir à plus long terme. »

Il ne s’agit donc pas, de toute évidence, d’un « échec cinglant » mais d’une opération politicienne qui a permis au Parti Socialiste de bénéficier des voix du parti politique « Les Verts » en échange de la destruction de SuperPhénix.

Dans ce chantage électoral ni le fabuleux coup financier pour les contribuables, ni l’avancée de la science, ni l’avance technologique qu’avait acquise la France dans le domaine des surgénérateurs, ni le bénéfice pour l’environnement que constituait la diminution considérable de la masse et de la dangerosité des « déchets nucléaires », n’ont été prises en compte.

Écrit par : l'écolo | 08/04/2010

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