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26/02/2011

Transition énergétique ou gaz de schiste, il faut choisir !

Quatre mois avant même que la loi dite « Grenelle 2 » ait été publiée au Journal Officiel, Jean-Louis Borloo accordait le 1er mars 2010 – dans l’opacité la plus complète – des permis exclusifs de recherche de mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux à différentes sociétés (Schuepbach Energy LLC, Total, GDF-Suez, Toreador Energy France, Hess Oil France...). Une fois de plus, le plus fervent défenseur du « new deal écologique » promis trois ans plus tôt par Nicolas Sarkozy nous montre son visage de schizophrène en laissant les industriels des énergies fossiles tuer dans l’oeuf toute politique de transition énergétique construite autour des 3 piliers négaWatt : sobriété, efficacité énergétique et énergies renouvelables.


Gaz de schiste, quèsaco ?

Le « gaz de schiste » est un gaz dit «non conventionnel», qui se trouve piégé dans la roche et qui ne peut être exploité de la même manière que les gaz contenus dans les couches du sous sols plus perméables. En effet, ce gisement est contenu dans des roches sédimentaires argileuses, situées entre 1 et 3 kilomètres de profondeur, qui sont à la fois compactes et imperméables. Son exploitation nécessite des forages horizontaux et une fracturation hydraulique de ces roches profondes. Le gaz remonte à la surface à travers un tube en acier pour rejoindre ensuite un gazoduc1.


Un bilan GES équivalent à celui du charbon ?

Une première évaluation de la filière d’extraction des gaz non conventionnels réalisée par une équipe scientifique de l’Université de Cornell aux États-Unis2 a mis en évidence que celle-ci pourrait être aussi néfaste pour le climat que l’extraction et la combustion du charbon. Cette étude s’est consacrée aux émissions de GES cumulatives incluant ainsi : la combustion du méthane extrait des schistes souterrains, toutes les étapes d‘extraction ainsi que les fuites et les émissions fugitives de gaz imputables à l’exploration et aux nombreux forages exigés par cette technique.
Les résultats mettent en évidence que la totalité des émissions associées à l’extraction du méthane des gaz de schiste atteindrait 33g/eq-CO2 par million de joules d’énergie, comparativement aux 20,3g/eq-CO2 par million de joules d’énergie pour des carburants classiques (diesel ou essence)3. Or, précise l’équipe de chercheurs, même s’il n’y a pas encore à ce jour d’étude exhaustive sur les fuites et les émissions fugitives associées au procédé d’extraction du gaz de schiste, on estime que ces émissions sont beaucoup plus importantes que celles imputables à l’exploitation des puits et au raffinage du pétrole.


D’autres impacts environnementaux et sanitaires

L’exploitation du gaz de schiste induit de nombreux autres impacts néfastes :
- Pollution de l’eau, du sous-sol et atteintes à la santé : Le procédé de fracturation hydraulique nécessite plusieurs millions de litres d‘eau mélangés à de multiples substances chimiques qui peuvent contaminer les nappes phréatiques et les cours

Les produits chimiques utilisés sont avérés mutagènes, reprotoxiques et cancérigènes. Plusieurs cas de maladies ont d’ores et déjà été relevés aux Etats-Unis et au Canada.
- Pollution de l’air : C’est par camion que le gaz extrait et le liquide de fracturation sont évacués vers des usines de retraitement. Pour exemple, dans le bassin de Marcellus aux Etats-Unis, chaque fracturation nécessite un ballet de 200 camions.

 

Face à l’opacité, les territoires se mobilisent…

En Ardèche, dans le Larzac, en Ile-de-France et dans bien d’autres régions impactées par ces permis d‘exploration, la résistance s’organise et tous les acteurs des territoires (élus, citoyens, agriculteurs, …) se rassemblent à l’occasion de réunions et de débats publics, initient des pétitions et multiplient les appels au gouvernement.


… et le gouvernement répond


Le 10 février dernier, la ministre de l’écologie Nathalie Kosciusko-Morizet, accompagnée d’Eric Besson ministre chargé de l’énergie, ont rencontré les industriels détenteurs de permis de recherche. Ils les ont informés de la mission qu’ils ont confié au Conseil Général de l’Industrie, de l’Énergie et des Technologies et au Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable concernant la réalisation d’un rapport sur les enjeux économiques, sociaux et environnementaux de ces hydrocarbures de roche-mère. Le rapport d’étape devra ainsi être remis pour le 15 avril et le rapport final pour le 31 mai 2011. Les documents devraient être rendus publics et les conclusions tirées avant la fin du mois de juin. Le RAC-F regrette néanmoins que cette étude n’ait pas été commanditée en préalable à l’attribution des permis, et à des organes indépendants de l’État.


Dans l’attente des premiers résultats, le gouvernement a passé un pacte avec les industriels en demandant le gel des opérations de recherche en contrepartie d’une « éventuelle prolongation de la durée des permis d’exploration ». Si l’appel du peuple a été entendu, le RAC-F et ses associations membres ne manqueront pas de suivre l’affaire de très près !


1
En savoir plus sur le processus d’extraction du gaz de schiste : http://app.owni.fr/gaz
2 Dirigée par le professeur en écologie et en biologie environnementale Robert Howart.
3 Source : United States Department of Energy, DoE.


Source : Réseau Action Climat France

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